La fugue, espace de mise en danger

Mercredi 16 octobre, j’ai été invité par la Fondation de la Protection de l’Enfance pour leur colloque annuel. Le thème, cette année, était : La fugue, espace de mise en danger.

Comme vous le savez, je suis très sensible à tout ce qui touche aux enfants, à nos enfants. J’ai la volonté de faire de l’ENFANT une priorité absolue, que tous soient au cœur de nos préoccupations afin de leur donner un avenir et l’égalité des chances, principe fondateur de notre République.

Je vous invite à lire mon intervention à l’ouverture de ce colloque.

« Je tiens à vous exprimer l’honneur qui est le mien d’être présente, aujourd’hui, à vos côtés, pour ouvrir votre colloque annuel qui a pour thème : la fugue, espace de mise en danger. Mon rôle, aujourd’hui, est bien d’accompagner votre cause, de notre cause à tous, celle de l’intérêt supérieur de l’enfant.

En 2018, un mineur était en moyenne signalé disparu toutes les 10 minutes. Il y a bien sur les enlèvements mais il y a eu aussi près de 52 000 fugues.

Dans l’immense partie des cas d’enfants disparus, ils sont, pour 30% d’entre eux retrouvé dans les 48 heures comme ce petit garçon de 5 ans à Lyon qui pour éviter de manger à la cantine se serait caché dans la cour afin d’échapper à la vigilance du personnel encadrant. Profitant que ses camarades soient partis manger, il aurait, escaladé, successivement, deux clôtures entourant l’établissement, se blessant légèrement au cou et serait finalement rentré à pied chez lui. Heureusement, l’histoire se termine bien.

Certes, cet enfant de 5 ans est surement très précoce, mais quand l’enfant devient adolescent, il a besoin de se séparer de ses parents. Cela se fait en général de manière symbolique par la rébellion vestimentaire, par des comportements irrespectueux ou insultant ou par des manifestations d’autonomie… Mais quand c’est trop difficile, ou que cela ne peut pas se faire, cette nécessaire séparation peut s’exprimer dans la réalité, des fugues.

Il y la fugue de rébellion, généralement liée à un besoin de liberté et d’autonomie d’un jeune qui s’oppose à l’autorité du parent ou de l’éducateur ; la fugue sous l’influence d’un tiers ; la fugue par mal-être ; la fugue de « survie » qui est évoquée lorsque l’enfant cherche à fuir un danger, des représailles ou lorsqu’il tente d’échapper à un environnement qui lui est nuisible ou encore la fugue par opposition au placement.

Récemment un fait divers m’a interpellé : une adolescente de 14 ans qui avait fugué d’un foyer a été séquestré pendant un mois à Castres où elle à subit des violences. Comment cette adolescente va se remettre de cette épreuve et préparer son avenir ?

Cette réalité je l’ai vu lors de la mission parlementaire sur l’aide sociale à l’enfance que j’ai rapporté et partagé avec 23 députés, de toutes tendances politiques. Cette mission fait suite à un travail personnel de 18 mois. Ce travail collectif a permis de mener 33 auditions et a abouti à 18 propositions. 18 propositions qui sonnent comme un numéro d’urgence. Car il y a urgence.

Certes ce rapport n’est pas une première ni une fin. Je le regrette. Il est une nouvelle étape pour trouver les bonnes solutions dans l’intérêt des enfants, mais surtout de les mettre en applications. J’y serai attentive et intransigeante.

Nous avons tenté, à travers cette mission, de mener une étude approfondie sur les résultats de cette politique de l’Aide Sociale à l’Enfance et d’y apporter de vraies réponses avec une seule primauté faire de ses enfants une priorité absolue, qu’ils soient au cœur de nos préoccupations afin de leur donner un véritable avenir, voire l’égalité des chances, principe fondateur de notre République.

Mais les chiffres, d’années en années, sont et restent alarmants. En 2018, près de 53 500 disparitions ont été signalées aux forces de police et de gendarmerie.

Et il y a une réalité: les 2/3 des mineurs déclarés en fugue sont des enfants sous protection de l’aide sociale l’enfance.

Voir l’article du 20minutes « Paris: Enseignants et élèves du lycée Voltaire se mobilisent pour une «cantine décente» »

Cela en dit long de leur malaise dans ces institutions. Ces jeunes vivent mal leur placement et leur contraintes administratives ne leur permettant de vivre comme tous les jeunes de leur âge. Récemment un jeune de la maison d’enfants à caractère social de Sailly Labourse  a perdu la vie lors d’une fugue car il voulait juste rejoindre sa petite copine à Lens. En tant que mère il est intolérable pour moi de savoir qu’un enfant à perdu la vie en fugant par amour alors qu’on aurait peut être pu accompagné cette demande adolescente.…    

Lors de mon travail parlementaire j’ai également participé à plusieurs tables rondes sur le michetonnage ou la prostitution des mineurs.

J’ai été frappé par les témoignages d’éducateurs nous indiquant la réalité qu’ils vivent chaque jour avec les jeunes qui leur sont confiés.

Ils nous ont indiqué les mécanismes permettant d’enrôler les jeunes filles et garçons fugueurs chroniques des foyers pour les amener à croire que pour avoir leur place dans la société, ils devaient s’adonner au michetonnage. Souvent après les cadeaux, vient le temps de l’argent et de la prostitution puis de la drogue. on perd alors tout lien avec ces jeunes.

Ces éducateurs estimés que le 1/3 des jeunes filles en foyer était concerné par ces attitudes.

Il faudrait que les structures acceptent les ruptures et les réaccueillent après les fugues pour conserver les liens dans le temps.

Certains départements l’ont compris et déploient des dispositifs innovants qui semblent répondre à ce besoin.

Je citerai le dispositif mousqueton créé par le conseil départemental de Moselle dont l’objectif est de raccrocher certains adolescents à un projet de vie, en allant les chercher, même loin s’il le faut, jusqu’aux lieux d’errance où ils ont pu se trouver enfermés.

Ce dispositif s’adresse à des adolescentes et adolescents de 13 à 17 ans en fugue, en rupture, en situation de danger.  L’une des mesures innovante proposées c’est de ne pas forcement obliger le ou la jeune à revenir là où il se sent mal, et d’où il repartira quoi qu’il arrive, mais de toujours garder un lien avec lui que ce soit physiquement ou téléphoniquement. Ainsi on peut continuer de les guider, de les accompagner, de les soutenir dans le parcours de vie qu’ils se créent.

Chaque fugue est différente et nous devons comprendre ce qui a poussé un mineur à accomplir cet acte et nous devons tout faire pour éviter les récidives.

La disparition d’un enfant est un événement lourd de conséquences, non seulement pour sa vie et son développement mais pour toute la famille et les parents qui souvent culpabilisent de ne pas avoir vu le malaise de leur enfant ou ne pas avoir pu l’aider à surmonter ces turpitudes adolescentes. Pas une semaine sans qu’un parent ou un ami, désespéré, ne lance sur les réseaux sociaux un appel pour retrouver ces enfants comme récemment l’appel bouleversant du père de Roxanne qui avait quitté le domicile familial sans donner de nouvelles.

Il y a quelques mois, j’ai rencontré à l’Assemblée Nationale, Jean-Luc Pujol, directeur de la Fondation Droit de l’Enfance qui porte la cellule « 116000 enfants disparus » et qui chaque jour est confronté à la détresse des familles devant l’absence de l’enfant.

Nous avons longuement échanger sur les missions de la Fondation mais aussi de ses difficultés. Je suis forcée de constater que les acteurs qui agissent, associations de parents, fondations, les structures d’accueils et leur personnel, doivent être davantage accompagnés et soutenues.

Oui, les accompagner et les soutenir :

➡️ pour mettre en place des suivis physiques avec les enfants et leurs parents à leur retour

➡️ pour faire reconnaitre le statut de victimes des parents d’enfants disparus,

➡️ pour faciliter les liens avec les forces de l’ordre,

➡️ pour développer la notoriété du numéro de téléphone : le 116 000 qui doit être connu de tous,

➡️ Accompagner et soutenir pour mettre en place un observatoire de la protection de l’enfance dans chaque département, car il n’est plus concevable d’avoir face à nous 101 départements aux 101 façons de faire.

Enfin, nous devons voir plus loin en prônant la mise en place d’une législation commune, à l’échelle européenne, sur les enlèvements parentaux et les notions d’autorité parentale. Nous devons contribuer à faire évoluer l’Europe pour qu’elle soit plus juste socialement en mettant en place un bouclier social européen et notamment pour nos jeunes.

Car n’oublions que l’Europe nous permet de peser dans un monde dont les dimensions nous dépassent. La voix de la France porte davantage grâce à l’Union européenne. Reconnaître cela, c’est s’inscrire dans une démarche constructive, loin des postures et des conservatismes qui minent l’action politique.

Je tiens enfin à remercier tous les professionnels qui oeuvrent pour accompagner les enfants et leurs familles dans ces moments difficiles. Sans votre engagement il n’aurait pas l’écoute et les guides nécessaire pour traverser cette épreuve.

Pour conclure mon propos, je veux vous rappeler que je suis déterminée pour faire avancer cette cause, notre cause, votre cause et pour appuyer le ministre Adrien Taquet sur sa feuille de route pour la protection d’enfance pour aller encore plus loin.

Je vous remercie et je vous souhaite un bon colloque. »

 

©eventbrite

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